Cher amie,
À l’orée de cette nouvelle année, je ne voudrais pas tant te souhaiter quelque chose que marquer un point d’appui. Un endroit depuis lequel regarder ce qui s’est déjà tissé, et ce qui, sans encore avoir pris forme, appelle à continuer. 2026 s’ouvre moins comme une page blanche que comme une reprise possible : un temps pour laisser se prolonger ce qui a trouvé sa justesse, et pour déplacer doucement ce qui demande encore à être ajusté.
Je te souhaite d’abord de continuer à écrire. Non pas au sens d’une injonction à produire, mais au sens plus rare de cette écriture qui revient, qui insiste, qui accepte de repasser par les mêmes lieux et les mêmes scènes pour mieux en faire apparaître les lignes de force. Cette écriture-là, patiente et située, qui ne cherche pas à conclure trop vite, mais qui tient le fil de ce qui se construit dans la durée.
Qu’en 2026 tu continues à partager ces expériences du 97, non comme des modèles, mais comme des récits vivants, capables d’ouvrir des questions chez d’autres, ailleurs.
Je te souhaite aussi que “le 97” demeure cet espace où l’on peut encore prendre le temps. Le temps de l’écoute active, du silence parfois, de la parole qui se cherche avant de se dire. Que tu puisses continuer à y inventer, hors des cadres trop étroits des institutions, ces formes d’accompagnement, de conciergerie humaine et de présence ajustée qui tiennent davantage de l’attention que de la procédure.
Que tes rêves et aspirations dans ce domaine trouvent en 2026 des chemins praticables, même fragiles, même imparfaits, mais suffisamment soutenables pour durer.
Je te souhaite également — et cela compte tout autant — de savoir préserver des temps qui ne se donnent pas au travail du commun. Du temps pour ta famille, pour ces moments ordinaires qui n’ont pas besoin d’être pensés pour exister : une terrasse au soleil, une table partagée à la maison, une conversation qui se prolonge sans objectif. Et, si tu le permets, du temps aussi avec moi, dans ces interstices où l’on n’a rien à produire, seulement à être là, ensemble, dans une présence simple et rieuse.
Que 2026 te permette de continuer à habiter cette position singulière qui est la tienne : ni dedans ni dehors, ni totalement instituée ni franchement marginale, mais suffisamment située pour faire lien. Une position qui accepte l’incertitude, qui reconnaît la conflictualité sans la dramatiser, et qui fait de l’attention aux autres une pratique politique à part entière.
Je te souhaite enfin de ne pas perdre ce rapport exigeant mais doux au temps long. Celui qui accepte que tout ne prenne pas, que certaines tentatives restent en suspens, que d’autres se transforment. Celui qui sait que ce qui compte ne se mesure pas toujours, mais se ressent : dans l’épaisseur des liens, dans la confiance fragile qui se construit, dans la possibilité pour chacun de trouver une place qui ne lui était pas assignée.
Que 2026 soit pour toi une année d’approfondissement patient, de déplacements discrets, et de fidélité à ce qui t’anime profondément.
Je t’embrasse et me réjouis à l’avance des moments, des textes et des silences que nous partagerons encore.
Bien à toi et bonne année.
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